| En matière de responsabilité,
chaque cas est particulier. Il est donc bien délicat,
à partir de quelques données théoriques,
de synthétiser toutes les solutions apportées
en la matière. Contentons-nous de cerner les différents
acteurs susceptibles de voir leur responsabilité engagée
en cas d'accident ou de conflit d'usage...
Dès lors qu’un itinéraire est ouvert
au public, les responsabilités en cas d’accident
s’appliquent aux différents acteurs de la randonnée
selon le cas : propriétaire, locataire, maître
d’ouvrage de la création du sentier, gestionnaire,
Conseil Général si le sentier est inscrit au
PDIPR, randonneur lui-même.
Rappel : le VTT de randonnée organisé au sein
de la Fédération française de cyclotourisme
doit se pratiquer uniquement sur des voies ouvertes à
la circulation du public.
L'usager
C'est le vététiste. Dans sa pratique, il recherche
une sécurité suffisante lui garantissant un
cheminement qui ne représente pas de risques supérieurs
à ceux qu'il espère trouver en s'engageant sur
un itinéraire dont la fiabilité et les difficultés
sont reconnues. Le vététiste a un devoir d'attention
particulière, de vigilance pour lui même et de
surveillance notamment pour des enfants qu'il a éventuellement
sous sa garde (ex : moniteur fédéral avec des
jeunes). Il s'attend à ce que les arbres qui bordent
le chemin ne lui tombent pas sur la tête, ou que le
pont qu'il traverse ne s'effondre pas à son passage
ou qu'un obstacle particulier soit signalé.
Le pratiquant doit tenir compte de ses propres capacités
physiques et techniques (et de celles des jeunes mineurs dans
le cas d'écoles de cyclotourisme) avant de s'engager
sur un itinéraire classé difficile selon les
normes fédérales (fort dénivelé,
rochers, descentes à fort pourcentage, moyenne montagne,
haute montagne, etc). En outre le vététiste
devra s'équiper en conséquence (vélo
adapté, tenue adaptée, casque).
D'autre part, cet usager peut représenter un risque
de dommages pour les propriétés traversées,
notamment les domaines forestiers et agricoles. Enfin, le
risque existe également envers les autres usagers notamment
lorsqu'il y a utilisation de l'itinéraire par différents
types d'utilisateurs : randonneurs pédestres, équestres,
cyclotouristes, chasseurs, forestiers, riverains. Les conflits
d'usagers sont essentiellement liés à l'importance
de la fréquentation d'un itinéraire (certains
GR en montagne).
Le respect de la charte du vététiste éditée
par la FFCT devient donc primordial.
Le propriétaire
Tout chemin emprunté par un itinéraire de randonnée
balisé appartient à un propriétaire.
Celui-ci peut-être une personne privée ou une
collectivité publique. Mais il faut compter également
avec les propriétaires des terrains adjacents, non
empruntés par les randonneurs, qui peuvent subir des
dommages du fait de passages (incendie de forêt, dépôt
de détritus, cultures, etc). Le propriétaire
est, en principe, responsable de l'entretien de ses biens
qu'il doit gérer personnellement (Code civil) ou dans
l'intérêt général (si c'est un
bien public).
Lorsqu'il y a utilisation du chemin pour des activités
de randonnée, les collectivités locales prennent
souvent en charge une partie des frais d'aménagement
et d'entretien des chemins et sentiers, ou une partie du matériel
nécessaire à ces travaux. Une convention est
alors passée entre le propriétaire privé
et la commune, après délibération du
Conseil municipal, lorsqu'il s'agit d'un chemin rural. L'aménageur
devient alors responsable des aménagements et entretiens
réalisés par lui, le propriétaire devant
les respecter.
Le propriétaire peut malgré tout avoir à
souffrir de dégradation, ou d'atteinte à ses
biens, sans pour autant pouvoir se retourner contre l'auteur
de la dégradation (le randonneur fautif peut ne pas
être retrouvé, ou avoir causé un dommage
dépassant sa solvabilité, ou du moins le montant
de garantie de son assurance). Ces cas existent ! Heureusement
les dommages sont relativement peu nombreux et guère
significatifs. Ils peuvent néanmoins être réels
et plus importants en domaines forestiers notamment. Dans
des zones à forte fréquentation un Conseil général
peut, par exemple, s'engager à prendre en charge le
complément d'assurance souscrit par chaque propriétaire
du fait du passage de nombreux randonneurs. Le propriétaire
peut également être source de dommages, par sa
faute, sa négligence ou son imprudence (obstruction
du chemin, accident dû au fait d'animaux qu'il a sous
sa garde…).
L'aménageur
L'aménageur met le chemin en état d'être
emprunté. Il réalise des aménagements
(réfection d'assiette, empierrement,…) et entretient
le sentier (débroussaillage, élagage, etc).
L'aménageur peut être une collectivité,
une personne privée, une association, un propriétaire
de gîte, etc. En tant que propriétaire privé,
ou en tant que puissance publique, lorsqu'il détient
des pouvoirs de police (ex : les maires), l'aménageur
peut limiter l'accès du chemin à certaines catégories
de personnes.
En contrepartie, les usagers pourront demander de leur garantir
une certaine sécurité sur les itinéraires
empruntés. La jurisprudence pourrait estimer que “l'obligation
de sécurité est déterminée selon
la configuration des lieux, par rapport au profil moyen de
l'usager”. Les propriétaires riverains compteront
sur les aménageurs pour que le passage de randonneurs
ne soit pas une cause supplémentaire de dommage à
leur propriété.
Le préconisateur
C'est celui qui incite l'usager à emprunter un itinéraire
par divers moyens (balisage, guides pratiques, cartes spécifiques).
Il peut parfois être aménageur en même
temps. C'est le cas de nos clubs ou de nos bases d'activités
VTT qui élaborent et balisent eux-mêmes les itinéraires,
les font connaître au public par l'édition de
divers documents. Ils peuvent voir leur responsabilité
recherchée par l'usager, lorsque celui-ci a subi un
dommage le long du chemin. En effet, l'usager est en droit
d'attendre que le préconisateur de l'itinéraire
se soit préoccupé de savoir si le passage sans
dommage était assuré, avant d'en préconiser
l'emprunt. En cas de difficultés objectives sur l'itinéraire
décrit, le préconisateur a l'obligation d'avertir
les utilisateurs. Préconiser un itinéraire peut
aggraver le risque de dommage, du fait de l'augmentation de
la fréquentation des lieux. Des actions de propriétaires
privés pourraient aboutir si le préconisateur
établit un itinéraire sans avoir recueilli au
préalable leur accord pour le passage.
L'engagement de la responsabilité
En cas de conflit, il peut y avoir un engagement de responsabilité
d'une des parties en présence à l'égard
de l'autre, ou un partage de responsabilité entre les
deux, selon les agissements de chacun (la faute de la victime
exonère de sa responsabilité, totalement ou
en partie, l'auteur du dommage). Si aucune solution amiable
n'est trouvée, l'affaire sera portée devant
les tribunaux, civils ou administratifs selon les personnes
en cause et en outre devant les juridictions pénales
s'il s'agit d'infractions aux textes légaux.
La complexité des problèmes de responsabilité
incite à faire en sorte, à priori, qu'il y ait
le moins de contentieux possibles. Cela passe, en premier
lieu en matière de pratique de VTT de randonnée,
par une prise de conscience du rôle de chacun des acteurs
(pratiquants, propriétaires, collectivités publiques,
associations).
Le réseau d'itinéraires balisés ne doit
pas aller à l'encontre de la volonté des acteurs
locaux, propriétaires privés et communes principalement.
Il sera négocié avec eux. Enfin, ce réseau
garantit une bonne information des vététistes
quant aux territoires qu'ils vont fréquenter, leur
permettant de choisir en connaissance de cause les différents
itinéraires sur lesquels ils vont pratiquer.

|